Historique

CONTEXTE

D’après les données de l’UNESCO 2018 5 , en Afrique, plus de 32 millions d’enfants ayant l’âge du cycle primaire ne vont pas à l’école et il y a un déficit constant de plus de 2 millions d’enseignants. « Parmi toutes les régions, l’Afrique subsaharienne a les taux les plus élevés d’exclusion de l’éducation. Plus d’un cinquième des enfants âgés d’environ 6 à 11 ans n’est pas scolarisé, suivi par un tiers des enfants âgés d’environ 12 à 14 ans. Selon les données de l’ISU, près de 60 % des jeunes âgés d’environ 15 à 17 ans ne sont pas scolarisés. Et la situation ne fait qu’empirer car la région fait face à une demande croissante d’éducation en raison de l’augmentation constante de sapopulation d’âge scolaire ». Le Sénégal a une population 6 de presque 15 millions d’habitants. Parmi eux, plus de la moitié a moins de 18 ans et 42% a moins de 15 ans.

Cette extrême jeunesse de sa population et la croissance démographique galopante (2,7% par an) dans un contexte de crise économique mondiale et de constantes détériorations des termes de l’échange, font que l’atteinte de l’objectif du millénaire pour l’éducation «Education primaire pour tous» soit réellement un défi.
En effet uniquement 64% des enfants qui devraient être à l’école primaire y sont et parmi eux 8,6% abandonnent avant de terminer le cycle primaire. Le taux d’alphabétisation parmi les jeunes entre 15 et 24 ans est seulement de 66%. Malgré tous les efforts effectués par les gouvernements successifs du Sénégal, le système scolaire est encore en crise et le manque de personnel est un problème majeur. A Dakar où vit le quart de la population sénégalaise (23,2%), le problème est moins aigu que dans les régions. Ceci est essentiellement dû à la multiplication d’écoles privées (69% de l’offre est assurée par le privé). Mais le taux élevé de pauvreté parmi les populations des quartiers périphériques fait que beaucoup d’enfants ne peuvent pas en bénéficier. D’autre part, les écoles publiques sont surchargées et dès que l’enfant ne présente pas toutes les conditions d’admissibilité (âge, extrait de naissance, pas de redoublements répétés etc.) il ne sera pas inscrit.

Parmi les enfants écartés du système scolaire, il y a les talibés. Et dans ces cas il s’agit d’un choix de leurs parents. C’est un phénomène qui existe depuis l’introduction de l’Islam au Sénégal et s’est renforcée pendant la période coloniale comme un acte de résistance. Actuellement il fait partie intégrante de la culture du pays.
Une étude du Ministère de la Justice et de la Primature, "Cartographie des écoles coraniques de la Région de Dakar », montre que ne serait-ce que dans la capitale, il y avait en 2014, 1006 écoles coraniques (dont 81% étaient des daaras) avec un effectif de 54 837 talibés. Dans plus de la moitié des daaras les enfants n’avaient d’autre apprentissage que la mémorisation du Coran et fonctionnaient grâce à la mendicité des talibés. Malheureusement ce phénomène s’est transformé pour des nombreux soi-disant marabouts en un business très lucratif basé sur l’exploitation des enfants. Ce phénomène est devenu donc un problème majeur que l’Etat du Sénégal veut prendre en main en interdisant la mendicité et en contrôlant les daaras. Mais les obstacles sont nombreux et difficiles et depuis 2014 peu de choses ont changé. Il y a encore des nombreux talibés qui continuent à vivre dans des conditions extrêmement difficiles, loin de leurs parents et n’ayant aucune possibilité d’aller à l’école et construire leur avenir.